"mécène"

L'opération des Amis du Louvre "tous mécènes" est désormais annuelle. Elle fait appel à tous pour acquérir ou restaurer une oeuvre.

Ainsi, la sculpture Amour de Saly a recueilli plus de 670 000 euros en 2016 avec 4300 donateurs qui ont répondu. De même pour la campagne suivante, destinée à récolter 500 000 euros pour la chapelle du mastaba d’Akhethétep, a été bouclée en 2017 avec 3773 donateurs et 670 000 euros recueillis. Puis la campagne pour le retour en France du livre d'heures de François 1er qui a réuni 8500 donateurs avec 1.4 million d'euros début 2018. Elle visait initialement 1 million d'euros pour un achat de 10 millions. En 2019, 4500 donateurs ont contribué pour le Louvre à la restauration de l'arc du Carrousel, porte des Tuileries.

2020-2021
L'Apollon de Citharede : Le Louvre a sollicité les Français pour sa restauration. Avec l'objectif de recueillir 800 000 euros. La statuette en bronze a été découverte aux environs de Pompéi, issue des villas ensevelies sous la cendre du volcan en 79 après JC. Elle est recensée en France depuis un siècle avant d'être classé Trésor national en 2017. Le musée du Louvre conserve deux figures de bronze de dimensions comparables et qui évoquent le programme statuaire des demeures romaines. Un Mercure et un Hercule découverts au XVIIIe siècle à Herculanum. L'acquisition de l'Apollon de Citharède vient compléter ce petit corpus d'oeuvres antiques d'exception.

Replantation dans la Grande Allée des Tuileries, alliance du patrimoine culturel et naturel :

L'Unesco associe les notions de patrimoine culturel et naturel, alors qu'en France ils sont encore trop souvent administrés ou célébrés séparément.

Les Tuileries sont le "premier jardin de la capitale ouvert au public. Or ce jardin doit aujourd’hui retrouver sa splendeur. L’abattage des arbres de la Grande Allée des Tuileries sous la Révolution a en effet dénaturé le dessin original d’André Le Nôtre et a transformé cette allée arborée en un large espace minéral.
Le musée du Louvre porte donc un ambitieux projet de rénovation de la Grande Allée. La replantation de deux alignements d’ormes permettra de retrouver les dispositions du jardin du 17e siècle et de magnifier ainsi le grand axe historique de Paris. En apportant plus de fraîcheur et de nature, ce projet permettra d’améliorer le confort du public tout en favorisant la biodiversité".
"Comme la plupart des jardins de la Renaissance, le jardin des Tuileries s’organise en plusieurs parterres coupés à angle droit par des allées. Une allée le traverse déjà en son centre et se termine à l’Ouest par un « écho », une place en demi-cercle entourée de murs propice aux spectacles".

Quelques étapes de son histoire :

"Dès 1561, Catherine de Médicis, veuve du roi de France Henri II, commence l’achat de différents terrains situés à proximité du palais du Louvre, alors résidence royale. Il s’agit essentiellement de potagers, de jardins d’agrément et de parcelles occupées par des fabricants de tuiles, tous situés à l’extérieur des murs de la ville. A partir de 1664, André Le Nôtre recrée le jardin des Tuileries à la demande de Colbert, alors ministre du roi Louis XIV.
Il choisit de renforcer l’allée centrale qui devient la « Grande Allée ».

La Grande Allée d’André Le Nôtre est un des éléments structurants de la composition du jardin des Tuileries. Cette allée monumentale plantée de marronniers répond pleinement à la commande royale en magnifiant le jardin depuis le point de vue principal du pavillon de l’Horloge du palais des Tuileries. L’entretien des marronniers de la Grande Allée devient difficile au cours du 18ème siècle. Ce qui reste de la première rangée d’arbres est finalement abattu à la fin de la Révolution. Il en résulte une coupure trop franche au milieu du Grand Couvert. Les arbres n’ayant jamais été replantés, la largeur de la Grande Allée de Le Nôtre est aujourd’hui perdue.

Bien que le jardin soit sensiblement modifié sous Louis-Philippe puis sous Napoléon III avec la création de parties réservées pour leur seul usage, la Grande Allée ne subit pas de changement. L’architecte Hector Lefuel conserve sa largeur, se contente de remplacer quelques arbres morts par de nouveaux marronniers et introduit des platanes pour marquer les seuils de la Grande Allée et les axes perpendiculaires. En 1871, le Palais des Tuileries est incendié pendant la Commune. Laissé en ruine pendant plus de 10 ans, il est finalement rasé en 1883. Des matériaux issus de la destruction sont étalés dans tout le jardin, remontant ainsi le niveau du sol.

La perspective de la Grande Allée s’ouvre désormais vers l’Est, où le jardin du Carrousel est créé en 1889, dans l’axe de l’arc du Carrousel, avec pour toile de fond le palais du Louvre. A la fin des années 1980, le jardin est dans un état de dégradation avancé. En 1990, le président de la République François Mitterrand décide de lancer un concours pour la réhabilitation du jardin des Tuileries, en lien avec le projet du Grand Louvre. Parmi les huit équipes de paysagistes, c’est celle de Pascal Cribier, Louis Benech et François Roubaud qui est retenue. Afin de préserver l’esprit du lieu et de sauvegarder au maximum le patrimoine végétal, le projet se concentre essentiellement sur le renouvellement des arbres morts dans le Grand Couvert. Quelques arbres de la Grande Allée sont ainsi remplacés. Le niveau du sol du Grand Carré est abaissé. En conséquence, le promeneur qui aborde le jardin par l’Est peut à nouveau bénéficier d’un point de vue en surplomb depuis la terrasse des Tuileries, comme à l’époque de Le Nôtre. Une rangée d’arbustes taillés en topiaire guide son regard à travers le Grand Carré jusqu’à la Grande Allée".

21ème siècle : revégétalisation du jardin et replantation de la Grande Allée
"En 2011, le jardin des Tuileries se dote d’un « schéma directeur de revégétalisation » qui a pour objectif d’apporter plus de nature et de fraîcheur. Après la restauration du bosquet des Oiseaux, la replantation de la Grande Allée est le deuxième projet d’ampleur à s’inscrire dans ce cadre.
À partir de 2018, les études menées par l’Architecte en chef des Monuments historiques permettent de poser un diagnostic et de définir le projet. La Grande Allée est aujourd’hui perçue comme une avenue, trop large, très minérale et peu ombragée, où s’engouffre le vent".

Deux alignements d'ormes

"La plantation de deux alignements supplémentaires d’ormes est décidée pour retrouver les dispositions du jardin de Le Nôtre. Pour réduire l’effet de coupure entre les parties nord et sud du Grand Couvert et d’apporter davantage d’ombre et de fraîcheur. Grâce à la mobilisation des donateurs, chacun des 92 futurs arbres de la Grande Allée des Tuileries avait été parrainé le 16 octobre 2020".

Le marquage des arbres

"Un mois après, le 16 novembre 2020, le premier moment fort du projet de replantation de la Grande Allée a eu lieu en Isère, à la pépinière Guillot-Bourne. L’équipe en charge du projet s’y est rendue pour procéder au marquage des 92 ormes Vada ® ‘Wanoux’ destinés à la Grande Allée. L’objet de cette visite était la sélection de 92 arbres aux forces de 20/25 environ (circonférence du tronc en centimètres à 1 mètre du sol) pour garantir l’homogénéité de la Grande Allée replantée. Âgés d’une quinzaine d’années, ces ormes mesurent déjà 5 à 6 mètres de haut. En plus des 92 ormes, 8 supplémentaires ont été réservés en pépinière pour permettre d’éventuels remplacements dans les années à venir. Chacun des 92 arbres a été inspecté avec précision. Ils ont été sélectionnés pour être les plus sains possibles, sans blessure (les lièvres apprécient particulièrement l’écorce de l’orme !), avec une flèche bien droite et sans trace de maladie. Chaque arbre sélectionné est marqué et numéroté grâce à un collier, le 16 novembre 2020.

La prochaine étape pour ces ormes : en janvier 2021, avec l’arrachage et la mise en motte, ainsi que le transport en camions jusqu’à Paris pour la replantation au cœur du jardin des Tuileries".

Politique publique française

Le dispositif fiscal français des dons pour les entreprises comme pour les individus est une politique publique incitative et décrite comme l'une des meilleures mondiales, au bénéfice d'associations pour leurs différents objets sociaux, pour le  patrimoine culturel et naturel et la culture.

Le financement d'oeuvres du patrimoine fait ainsi de plus en plus souvent appel aux fonds privés d'entreprises comme à celui de particuliers, croisant une approche individuelle dans une campagne collective. L'Admical indique que depuis 2010, le nombre d’entreprises mécènes ne cesse d’augmenter : en moyenne 10 000 entreprises supplémentaires deviennent mécènes chaque année. Une progression constante qui se confirme entre 2017 et 2018 avec près de 12 000 nouvelles entreprises mécènes en un an. Admical estime que le nombre total d’entreprises mécènes en France est de 9% pour un montant global de dons compris entre 3 et 3,6 milliards d’euros. Selon son dernier baromètre, les domaines du social, de la culture et de l’éducation restent les trois domaines prioritaires soutenus par des entreprises mécènes. A eux seuls, ils captent 55% du budget global du mécénat. Suivent ensuite, juste derrière, le sport (15% du budget) et la santé (14%) dont on peut s’attendre à ce que le budget soit bien supérieur lors du prochain baromètre en raison de la crise sanitaire.

Pour la première année, le domaine de l’environnement monte dans le classement. Bien que son poids dans le budget global du mécénat reste faible, les entreprises sont plus nombreuses à s’engager dans ce secteur (13%).

Nouvelles pratiques ou sollicitations historiques ?
Par ailleurs, la participation des citoyens trouve désormais grâce à Internet et aux réseaux sociaux, de nouvelles voies pour soutenir des projets d'une grande diversité, soit directement, soit à travers des plateformes dédiées à ces nouvelles formes de financement. Ainsi voit-on fleurir des individus demandant des soutiens collectifs, des organisations sollicitant des soutiens individuels. Pour des projets personnels, de sociétés, d'institutions.... Tous les thèmes y passent, dont parfois... tout et n'importe quoi aussi. 

Face aux sollicitations croissantes, l'encadrement des propositions faites et les suites qui y sont données a commencé, dont une ordonnance et un décret parus en 2014. Il restera à observer les bienfaits ou dérives des nouveaux dispositifs, l'évolution des pratiques des opérateurs nés pour proposer des plateformes de participation financière, les garanties données aux contributions financières des particuliers, l'engouement ou non de nouveaux publics...  

Nouveauté, innovations ou toilettage au goût du jour ? Désintermédiation des financements ou remédiation par des plateformes adhoc ? Economie collaborative, de partage, ou système D opportuniste ? Le crowfunding, le financement ou l'investissement participatif alloué à des projets individuels ou collectifs, privés ou publics...fait appel à toute une auto-littérature de mots nouveaux.

Au minimum, ces modalités contribuent à renouveller des formes historiques d'appel au financement, comme les dons en mécénat pur...

Anne-Marie Ducroux


Les arbres de la grande allée des Tuileries parrainés
Le dispositif fiscal français
Le mécénat d'entreprise en 2020 en France
La convention de l'Unesco alliant patrimoine culturel et naturel, 1972



photo : Replantations. Grande allée des Tuileries. Louvre. Paris